Mettre des biffures sur un document : règles, pièges et outils
Mettre des biffures sur un document, c'est rayer des mots pour les annuler : sur papier, la biffure est un trait qui barre le passage et doit être comptée et approuvée ; sur un fichier numérique, une biffure digne de ce nom retire le texte du document, alors qu'un simple texte barré reste lisible et récupérable. Les deux gestes portent le même nom, mais n'ont ni les mêmes règles ni les mêmes outils.
Biffer, c'est rayer d'un trait de plume. Les notaires, les greffiers et les comptables ont longtemps biffé à la main, selon des règles qui garantissent qu'un mot rayé l'a été par l'auteur de l'acte et non par un tiers. Le numérique a repris le mot pour une opération différente : rendre une information définitivement illisible dans un fichier, ce que le français courant appelle caviardage.
Cet article suit cet ordre : la biffure au sens propre et ses règles, la confusion fréquente entre barrer et biffer, puis la biffure numérique et les outils qui la posent correctement. Pour le sens du mot, l'article qu'est-ce que le biffage complète ce tour d'horizon ; pour la pratique complète, la page pilier caviarder un document décrit la méthode.
À retenir
- Sur papier, une biffure est un trait qui raye sans rendre illisible, compté et approuvé en fin d'acte : « trois mots rayés nuls ».
- Barrer un texte dans Word ou dans un PDF ne masque rien : le texte reste lisible, sélectionnable et indexé.
- La biffure numérique retire le texte du fichier ou noircit les pixels d'une image ; la simple annotation posée par-dessus ne suffit pas.
- Avant diffusion, chaque mot biffé se vérifie par une recherche et un copier-coller dans le fichier produit.
La biffure au sens propre : rayer, compter, approuver
Dans un acte écrit, une biffure est une rature volontaire. Le mot rayé reste lisible sous le trait : la biffure n'a pas pour but de cacher, mais d'annuler. C'est ce qui la distingue du caviardage. L'enjeu est la fiabilité de l'écrit : il faut pouvoir prouver que la rature a été faite au moment de la rédaction, par les signataires, et non ajoutée après coup.
Les actes notariés en sont l'exemple le plus codifié. Le décret n° 71-941 du 26 novembre 1971 relatif aux actes établis par les notaires interdit les surcharges, interlignes et additions dans le corps de l'acte, et impose que les mots rayés soient comptés et constatés en fin d'acte, avant les signatures. D'où la formule que l'on trouve au bas des actes : « trois mots rayés nuls », « un renvoi approuvé ». Un mot biffé sans être compté ni approuvé peut faire douter de l'acte entier.
La même logique vaut pour d'autres écrits à valeur probante :
- les registres et livres comptables obligatoires, tenus sans blanc ni altération d'aucune sorte selon le code de commerce : une erreur se corrige par une écriture inverse, jamais par une rature qui rend le texte illisible ;
- les registres d'état civil et les procès-verbaux, où les ratures et renvois sont approuvés par les signataires ;
- les contrats sous seing privé, où une mention manuscrite rayée doit être paraphée par toutes les parties pour éviter la contestation.
Ces règles ont un point commun : la biffure est un acte signé, qui laisse le mot visible. La biffure numérique, elle, doit rendre invisible.
Barrer n'est pas biffer : le texte barré reste lisible
La confusion la plus courante tient à un bouton présent dans tous les traitements de texte : « Barré ». Appliquer ce style à un nom le traverse d'un trait, comme une rature de plume. L'effet visuel ressemble à une biffure. L'effet dans le fichier est nul : le texte est intact, sélectionnable, copiable, cherchable, et toute conversion en PDF le conserve avec son trait.
Le même malentendu existe dans les outils d'annotation PDF. Un lecteur gratuit propose souvent un outil « Barré » ou « Texte barré » rangé parmi les commentaires : il pose une annotation au-dessus des caractères, qui restent dans le fichier. Supprimer l'annotation ramène le texte d'origine. Les rectangles noirs dessinés avec l'outil Forme obéissent à la même mécanique, comme l'explique l'article noircir un document.
Voici, pour s'y retrouver, ce que chaque geste produit réellement.
| Geste | Ce que voit le lecteur | Ce qui reste dans le fichier | Convient pour |
|---|---|---|---|
| Rature manuscrite comptée et approuvée | Le mot, rayé d'un trait | Le mot, lisible | Annuler une mention dans un acte signé |
| Style « Barré » dans Word ou LibreOffice | Le mot, traversé d'un trait | Le mot, intact | Signaler une suppression en cours de relecture |
| Annotation « Barré » ou rectangle dans un PDF | Le mot rayé ou caché | Le mot, intact sous l'annotation | Rien de confidentiel |
| Biffure numérique (caviardage appliqué) | Un rectangle noir ou un alias | Le texte est retiré | Diffuser un document sans l'information |
Règle simple : si le mot peut encore être lu, c'est une rature ou un texte barré. Si la diffusion ne doit pas révéler l'information, seule la dernière ligne du tableau convient.
La biffure numérique : ce qu'elle doit faire dans le fichier
Une biffure numérique correcte agit sur le contenu, pas sur l'apparence. Selon le type de fichier, cela signifie des choses différentes.
- Dans un PDF texte, les caractères situés sous la zone biffée sont supprimés du flux de texte, et la zone est redessinée en noir ou remplacée par un alias. Après l'opération, la recherche et le copier-coller ne retrouvent plus rien.
- Dans un PDF scanné ou une image, il n'y a pas de caractères : les pixels de la zone sont écrasés. Pour biffer un mot précis, une reconnaissance de caractères le localise d'abord.
- Dans un document Word ou Excel, le texte de la cellule ou du paragraphe est remplacé, les révisions sont acceptées, les commentaires supprimés et les propriétés du fichier vidées.
- Dans tous les cas, chaque occurrence de la même information est traitée : un nom biffé en page 2 et oublié en page 11 n'a pas été biffé.
Deux façons de biffer existent pour le texte. Le noir classique remplace l'information par un rectangle, ce qui convient à une publication ou à une pièce communiquée. L'alias (PERSONNE_001, EMAIL_002) remplace l'information par une étiquette stable, ce qui garde le document lisible et cohérent : c'est la pseudonymisation décrite par la CNIL dans son guide sur l'anonymisation et la pseudonymisation. Un document pseudonymisé reste soumis au RGPD tant qu'une table de correspondance permet de retrouver les valeurs ; sans table, et sans moyen raisonnable de réidentification, on se rapproche de l'anonymisation. La page réglementation précise cette distinction.
Quel outil pour mettre des biffures sur un document
Les outils qui posent une vraie biffure numérique sont moins nombreux qu'il n'y paraît. Voici ceux dont nous sommes sûrs, avec leur façon de faire.
Adobe Acrobat Pro (payant)
L'outil de caviardage s'appelle « Biffer » dans l'interface française. Il fonctionne en deux temps : marquer les zones, puis appliquer. Tant que l'application n'a pas eu lieu, les marques ne sont que des annotations et le texte reste dans le fichier.
Aperçu (macOS, gratuit)
Depuis macOS 11, Aperçu dispose d'un outil « Caviarder » dans sa barre d'annotation. Il retire le texte sous la zone pour un PDF. Vérifiez que la version installée le propose, et enregistrez le résultat sous un nouveau nom.
LibreOffice (gratuit)
La fonction « Caviarder » (Redact) transforme le document en dessin, pose des rectangles et exporte un PDF où le texte sous les zones a disparu. Le document d'origine, lui, n'est pas modifié.
Word
Word n'a pas d'outil de caviardage. Le style « Barré » ne masque rien et l'Inspecteur de document ne traite que les métadonnées. Il faut remplacer le texte à la main ou passer par un logiciel dédié.
Services en ligne
Les sites qui proposent de biffer un PDF gratuitement font d'abord transiter le fichier complet par leurs serveurs. Pour un document confidentiel, lisez leurs conditions de conservation avant de les utiliser.
Biffer (Mac et Windows)
Le logiciel que nous éditons (Opcadia, Romain Rissoan, formateur et consultant) détecte les noms, coordonnées et numéros, pose la biffure dans toutes les occurrences sous forme d'alias ou de masque, noircit les scans et vide les métadonnées, sans connexion. Gratuit pour 5 fichiers par mois.
Quel que soit l'outil, travaillez sur une copie, appliquez la biffure jusqu'au bout et vérifiez chaque mot biffé dans le fichier produit : recherche, copier-coller des zones noires, lecture des propriétés et du nom de fichier. Pour un PDF, la page biffer un PDF détaille ce parcours ; pour Word, Excel et les images, la page fonctions de Biffer liste les formats traités.
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Questions fréquentes
Quelle différence entre biffer et barrer un mot ?
Barrer, c'est traverser un mot d'un trait tout en le laissant lisible : c'est le style « Barré » d'un traitement de texte ou la rature d'une relecture. Biffer, au sens numérique, c'est retirer le mot du fichier pour qu'il ne puisse plus être lu, cherché ni copié. Sur papier, les deux se confondent : une biffure est une rature comptée et approuvée, et le mot reste visible. Dans un fichier destiné à être diffusé, la distinction est décisive : un nom barré est un nom communiqué. Si l'information ne doit pas sortir, seule la biffure numérique, c'est-à-dire le caviardage appliqué, convient.
Que signifie « mots rayés nuls » au bas d'un acte ?
C'est la mention par laquelle les signataires d'un acte reconnaissent les ratures faites dans le corps du texte. Le rédacteur compte les mots rayés, les mots ajoutés en renvoi et les lignes annulées, puis l'indique avant les signatures : « deux mots rayés nuls, un renvoi approuvé ». Pour les actes notariés, cette règle vient du décret du 26 novembre 1971 ; elle garantit que personne n'a modifié l'acte après la signature. Une rature non approuvée fait douter de la mention concernée. Cette biffure-là ne cache rien : le mot reste lisible sous le trait, et il doit le rester.
Peut-on mettre des biffures sur un document scanné ?
Oui, mais pas avec un outil de texte, puisqu'un scan ne contient pas de caractères : la page est une image. La biffure consiste alors à écraser les pixels de la zone concernée, ce qui est irréversible. Pour biffer un mot précis plutôt qu'une zone tracée à la main, une reconnaissance de caractères localise d'abord le texte dans l'image. Biffer procède ainsi sur les PDF scannés et les images (PNG, JPG, TIFF), avec une reconnaissance qui s'exécute sur votre ordinateur. Vérifiez ensuite le résultat à l'œil : sur un scan, c'est la seule méthode de contrôle possible.
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